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Eric Allodi
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CHANGER DE PERSPECTIVE POUR SORTIR DE LA CRISE
ou
DE LA NECESSITE D'UN NOUVEAU SYSTEME DE GOUVERNANCE POUR LES ENTREPRISES DU 21E SIECLE


Le Cac 40 a pris 22% en un an et flirte désormais avec les 4000 points, la croissance redécolle en Asie et pointe son nez en Europe, l'activité industrielle de la zone Euro est à son plus haut niveau depuis 21 mois. Tout semblerait rentrer dans l'ordre après une crise qu'on annonçait apocalyptique !

Mais ne nous trompons pas, nous ne sommes pas tirés d'affaire. Si la crise économique semble se résorber et les statistiques s'améliorer, la crise de civilisation systémique que nous traversons reste bel et bien d'actualité. Nous avons temporairement calmé les symptômes mais nous n'avons pas traité le mal à sa racine. Le récent échec de Copenhague l'illustre bien. Tant que les pays ou les individus resteront arc-boutés sur leurs intérêts et leurs ambitions personnels, rien de nouveau ne sera possible et nous ne ferons que rester dans la dimension du problème en alignant les compromis boiteux.

Aujourd'hui, au vu de l'urgence, il nous faut changer de perspective. Comme le disait Einstein, « les problèmes auxquels nous sommes confrontés ne peuvent être résolus au niveau et avec la façon de penser qui les a engendrés ». Il est donc nécessaire de créer au niveau mondial un contexte moral, éthique, philosophique voire spirituel qui non seulement nous permette de relever les défis actuels (crise sociale, environnementale et économique) mais nous pousse aussi individuellement à adopter une vision intégrale pour faire évoluer notre niveau global de conscience et transformer notre culture.

Ce même changement de perspective doit advenir aux entreprises. Combien de conflits, combien d'injustices, combien de suicides ou combien de réorganisations « miracles » seront nécessaire pour comprendre qu'il faut changer de cadre, ouvrir la porte à une nouvelle culture entrepreneuriale qui donne au collectif son véritable sens. Il est temps d'adopter une nouvelle gouvernance qui permette aux individus de transcender leurs peurs et leurs ambitions personnelles pour laisser enfin la place aux valeurs humaines les plus fondamentales.

Pour répondre aux enjeux sociétaux et environnementaux, il est primordial d'appliquer un système de gouvernance qui implique l'ensemble des collaborateurs, un système vivant capable de tirer la quintessence d'un collectif partageant les mêmes valeurs. Or, lorsqu'une divergence émerge entre la vision de l'entreprise et celle de ses membres, le système de hiérarchie pyramidale montre ses limites ; les salariés se sentent de moins en moins impliqués, se déresponsabilisent.

Pour remédier à cela, la gouvernance Holacratique, conceptualisée aux Etats-Unis il y a près de dix ans, propose, par la pratique de l'intelligence collective, de donner le pouvoir de gouvernance à l'organisation elle-même plutôt qu'aux egos de ses membres. La hiérarchie n'est pas remise en cause, mais la structure pyramidale laisse alors place à une structure en cercles concentriques avec comme règles directrices : un pilotage dynamique de l'entreprise grâce à des réunions et à un processus de facilitation spécifique, des représentants élus au sein de chaque cercle, des décisions prises par consentement et non par consensus. L'entreprise devient agile, capable de s'adapter en temps réel aux événements internes et externes, à la manière d'un organisme vivant, afin de réaliser sa vision et de satisfaire ses objectifs. Le système de gouvernance holacratique est révolutionnaire. Il transforme une organisation fragmentée, souvent inconsciente des interdépendances et des enjeux du monde et de son marché, en un éco-organisme cohérent et intégré, fort de l'expérience, de la compétence et de la capacité d'innovation collective de ses membres. C'est un outil efficient pour développer la cohésion, fluidifier les rapports, libérer la créativité et l'authenticité des collaborateurs. Cette approche permet à chaque individu de devenir acteur de la vision et des projets de l'entreprise.

Soyez le changement…
Le corollaire de ce qui précède est que la solution aux maux du monde passe d'abord par les choix de chacun d'entre nous, puisque nous avons littéralement créé le monde à notre image. Nous connaissons le monde qu'ont engendré les peurs et les désirs de l'ego, et nous n'en voulons plus alors, comme le disait Gandhi, « Soyons le changement que nous souhaitons voir dans le monde ». Il n'est pas trop tard…


Eric Allodi
eallodi@integralvision.fr

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